01

La passerelle

Le Marco Polo se prépare à repartir pour l’Europe. À bord, les adieux s’achèvent ; les visiteurs regagnent la terre. Deux hommes et deux femmes en vêtements religieux empruntent la passerelle. À les voir, on prendrait le groupe pour deux pères et deux sœurs franciscains quittant simplement le paquebot.

Un des hommes a une barbe noire. Il paraît mal à l’aise aux policiers qui l’observent. Ce n’est pas un regard isolé : le Bureau d’information des narcotiques surveille la sortie. L’officier Whitfield se trouve sur place. Les quatre personnes n’iront pas beaucoup plus loin.

Le contrôle les arrête sur le quai. La protestation est immédiate. On invoque l’habit, le respect dû aux religieux, l’inconvenance d’une fouille. Le groupe veut faire de l’examen de ses vêtements une offense à la religion. Whitfield maintient sa décision. Les autorités ecclésiastiques pourront bien être avisées : la fouille aura lieu.

Des vêtements religieux au cœur de l’affaire d’Alexandrie.
Des vêtements religieux au cœur de l’affaire d’Alexandrie.

Les passagers sont conduits au poste. Ce que cachent leurs vêtements ne relève pas du culte. Sous les habits ont été dissimulés des pains de haschisch et d’opium, fixés au corps par des bandes. La poitrine, les jambes, les bras : le déguisement fournissait la couverture nécessaire. Il n’a pas suffi à franchir le contrôle.

Les habits et les paquets montrés dans le dossier d’Alexandrie.
Les habits et les paquets montrés dans le dossier d’Alexandrie.
02

Sous l’habit

L’expédition reposait sur une idée simple : obtenir par l’apparence le passage qu’on n’aurait pas obtenu avec des bagages ouvertement chargés. Le trafic utilisait aussi une complicité à bord. Selon les premiers éléments rapportés, un garçon du Marco Polo avait prêté son concours à l’opération.

Un homme en habit franciscain, une croix à la main.
Un homme en habit franciscain, une croix à la main.

Les quatre suspects sont arrêtés. La saisie ne clôt pourtant pas l’enquête. Il faut retrouver ceux qui ont fourni la marchandise, préparé les caches, prévu sa remise à terre. Les policiers appréhendent encore d’autres personnes soupçonnées d’appartenir au groupe. Les vêtements franciscains n’étaient que la partie visible d’un transport organisé.

L’un des hommes arrêtés doit être hospitalisé ; le reportage annonce sa mort quelques jours plus tard. Il ne fournit pas de constat médical permettant d’en établir la cause. Les autres sont interrogés. Et, derrière cette première traversée, apparaît l’annonce d’une nouvelle livraison.

Elle doit arriver par un autre bâtiment des Messageries maritimes. Le Marco Polo va donc laisser sa place, dans les préoccupations du bureau des narcotiques, au Mariette Pacha. Il ne reste plus seulement à surveiller une passerelle. Cette fois, les policiers attendent une remise de marchandise.

03

Le second paquebot

Une quinzaine de jours passe. Le Mariette Pacha arrive à son tour. Parmi ses passagers figure Édouard Herriot, en voyage en Égypte. Sa présence donne du relief à l’arrivée du navire ; rien, dans cette affaire, ne le met en cause. Le trafic concerne d’autres hommes et une autre activité, menée à l’abri du transport ordinaire.

Whitfield a préparé le contact. Il se fait passer pour un membre de la filière venu prendre livraison. Deux hommes de l’équipage se présentent avec les stupéfiants. Ils ignorent à qui ils vont les remettre. La marchandise change de mains ; les deux intermédiaires sont arrêtés.

Les informations recueillies orientent désormais l’enquête vers la France et le Liban. Des arrestations sont annoncées à Beyrouth ; un suspect reste recherché. Marseille est citée comme une étape où les investigations pourraient se prolonger. Il faut garder la différence entre ces arrestations rapportées et les vérifications encore attendues dans le port français.

Deux paquebots, deux modes de passage, une même erreur sur l’homme à qui l’on a affaire. Sur le premier quai, Whitfield n’a pas cru aux habits. Sur le second, ce sont les livreurs qui ont cru à son rôle. Le reportage s’achève sur les poursuites engagées. Il ne donne pas le jugement des personnes arrêtées.