01

Le retour au moulin

Pierre Chavey quitte le Moulin-de-Luze en fin de matinée. Avec une de ses enfants et son cousin Alfred Muller, il se rend au culte à Desandans, dans le pays de Montbéliard. Sa femme, Dorcas, reste à la maison avec les deux plus petits. Elle a quarante-deux ans. La ferme se trouve en Haute-Saône, près d'Héricourt. Au retour, vers cinq heures, Pierre trouve les accès fermés au verrou.

On finit par entrer. Dorcas Chavey est morte dans la cuisine, victime de coups de hachette. Les enfants sont retrouvés dans la maison. Le parquet de Lure et les policiers venus de Dijon sont alertés. L'enquête commence par l'examen des lieux, des portes et des objets. Elle doit reconstituer les heures pendant lesquelles le mari et son cousin se trouvaient loin du moulin.

André Lods est rapidement recherché. Ancien commis de culture, il a travaillé chez les Chavey et connaît les bâtiments. Cette proximité explique l'intérêt des enquêteurs pour ses déplacements. Le 7 février, au moment où L'Est Républicain rend compte des recherches, il est encore en fuite. La police le cherche dans le pays de Montbéliard et surveille les possibilités de passage vers la Suisse.

Une hachette et une bicyclette avaient disparu de la ferme depuis deux jours. La hachette a été retrouvée ; le vélo manque toujours. Le signalement de la bicyclette est particulier : elle est peinte en vert et porte deux pneus de couleurs différentes, l'un rouge, l'autre blanc. Un tel objet peut attirer l'attention de ceux qui l'ont croisé dans le village ou sur une route.

02

Une manche sur le chantier

Derrière la maison, les enquêteurs trouvent des vêtements tachés de sang. Une veste de drap kaki a été coupée aux manches. Le vêtement ramène vers une habitude prêtée à Lods : il transforme des vestes en gilets. Il travaille alors sur un chantier de ferraille à Montbéliard. Les gendarmes vont interroger ceux qui l'y connaissent.

Le gendarme Jacquier retrouve sur ce chantier une manche qui est rapprochée de la veste abandonnée au moulin. Le compte rendu de presse expose cette découverte comme un indice important. Une pièce de vêtement peut ainsi relier deux lieux éloignés. Ce rapprochement ne livre pas chaque geste du crime ; il donne aux recherches une direction matérielle, au-delà de la seule réputation du fugitif.

La même page du journal rappelle des cambriolages et une condamnation antérieure de Lods à Montbéliard, en janvier 1955. Une photographie le montre entre deux gendarmes. Elle appartient à cette affaire précédente. Elle ne représente ni son arrestation pour le meurtre de Dorcas Chavey ni une reconstitution au moulin. En février 1956, les policiers le recherchent toujours.

Le récit exact de la visite demeure incertain. Les journalistes envisagent que Mme Chavey ait accueilli son ancien commis, qu'il ait demandé de l'argent et qu'un refus ait précédé l'attaque. Ils envisagent aussi une entrée par surprise, immédiatement suivie de l'attaque. Leur reportage reconnaît qu'il s'agit d'hypothèses. Aucun dialogue entre la victime et Lods ne peut être restitué comme une parole attestée.

03

De la recherche au verdict

Les économies de la famille ont disparu. L'enquête suit donc également la piste du vol. Le montant avancé dans les premières nouvelles ne sera pas repris ici comme une somme définitivement établie. En ces premiers jours de février, les policiers disposent surtout d'objets à comparer, d'un ancien employé à retrouver et de plusieurs témoignages sur ses habitudes et ses déplacements.

L'affaire aboutit en 1957 à une condamnation à mort devant les assises de la Haute-Saône. Les documents réunis ne permettent pas de restituer le détail des débats du procès. Ils établissent en revanche le sort du condamné : André Lods est exécuté en novembre 1957 dans la cour de la prison de la Butte, à Besançon. Une coupure de presse contemporaine relate cette exécution et la présence de ses défenseurs.

Le crime a été commis en Haute-Saône ; son auteur est exécuté dans le Doubs. Entre le Moulin-de-Luze et la prison de Besançon, l'enquête a suivi les déplacements d'un homme déjà connu des gendarmes. L'un de ses indices les plus concrets tient à une habitude de travail : couper les manches de ses vestes. La manche restée sur le chantier avait ramené les recherches vers le vêtement trouvé au Moulin-de-Luze.