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La maison croit encore au lycée

Chez les Nozière, l’avenir a pris la forme d’une écolière. Jean-Baptiste, mécanicien au chemin de fer, travaille depuis assez longtemps pour compter les années qui le séparent de la retraite. Sa fille, elle, ira plus loin. Elle fera des études ; elle sortira de cette vie mesurée, de cet appartement parisien où l’on garde ses économies et ses espérances. Mais Violette a quitté le lycée. Ses parents ne le savent pas. Depuis des mois, le départ du matin ouvre sur une tout autre journée.

Jean-Baptiste Nozière, le père de Violette.
Jean-Baptiste Nozière, le père de Violette.

L’autre vie se tient au Quartier latin. On s’y retrouve au café, on passe d’une table à l’autre, on emprunte, on paie pour les amis. Violette y connaît Jean Dabin, étudiant en droit, et lui donne de l’argent. Chez elle, elle invoque des relations, des invitations, les nécessités de ses études. Deux récits avancent ensemble : celui que ses parents continuent de croire et celui qu’elle distribue à ses compagnons. Ils vont se rejoindre dans un dossier de police.

Un premier avertissement a pourtant traversé la maison. Au mois de mars 1933, les parents ont été retrouvés dans un état alarmant après avoir absorbé ce que leur fille leur présentait comme un traitement ; du gaz s’est répandu. Les secours sont intervenus à temps. On a accepté l’explication d’un accident. Lorsque l’enquête reprend cette scène, en août, les gestes anciens changent de sens : elle y cherche une première tentative d’empoisonnement.

L’équipe de pompiers intervenue rue de Madagascar lors du premier incident.
L’équipe de pompiers intervenue rue de Madagascar lors du premier incident.
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Un remède pour les parents

Le lundi 21 août, Violette fait de nouveau accepter un prétendu médicament à son père et à sa mère. Pour donner crédit à sa demande, elle se réclame du médecin. Le couple absorbe le produit. Jean-Baptiste ne se relèvera pas ; Germaine survivra. Ce qui devait passer pour un soin devient le centre matériel de l’accusation. Violette reconnaîtra avoir fourni le poison, tout en donnant des explications successives sur la mort recherchée et sur ses motifs.

Elle quitte l’appartement avec de l’argent pris chez ses parents. Paris ne la voit pas comme une fugitive encore. Elle prend une chambre, achète des vêtements, rencontre des garçons, poursuit pendant ces heures la vie qui lui était familière. Ceux qui l’abordent ne savent pas ce qui demeure derrière la porte de la rue de Madagascar. Le père n’a donné aucune nouvelle. La mère ne peut appeler.

Dans la nuit du 22 au 23 août, Violette revient. Elle ouvre le gaz et donne l’alarme ; les voisins, puis les secours, découvrent les parents. Il faudrait croire à une asphyxie domestique. Mais à Saint-Antoine, où Germaine est transportée, un autre récit commence. La mère parle de ce que Violette leur a fait prendre. La prétendue prescription n’en est pas une. L’explication offerte à l’immeuble se défait à l’hôpital.

La police interroge, vérifie, revient sur le premier incident. Violette n’est plus là. Des inspecteurs cherchent ses amis, ses adresses, les cafés où elle entre sans que l’on s’étonne de la voir. Les photographies paraissent ; son nom circule partout. On la croit jusque dans la Seine, où des recherches sont entreprises. Elle est pourtant vivante, à Paris. Le lundi 28 août, signalée par de jeunes hommes qu’elle a rencontrés, elle est arrêtée près de la Motte-Picquet.

Des recherches sont entreprises dans la Seine pendant la fuite de Violette.
Des recherches sont entreprises dans la Seine pendant la fuite de Violette.
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Deux paroles dans la même famille

L’arrestation apporte des aveux. Violette reconnaît l’empoisonnement. Elle explique ensuite qu’elle voulait atteindre son père et accuse celui-ci de violences sexuelles commises sur elle depuis l’enfance. Cette déclaration devient aussitôt un second foyer de l’affaire. Germaine la repousse. Le père, mort, ne peut être entendu. Les paroles de la fille et celles de la mère s’opposent ; ni les indignations de la rue ni les qualificatifs des journaux ne peuvent remplacer une preuve.

La confrontation est douloureuse. Germaine sort à peine de l’hôpital ; on la voit soutenue par son beau-frère. Violette est conduite devant elle, entourée de policiers. L’instruction doit démêler le vol, les préparatifs, les mensonges adressés aux parents, et cette accusation portée contre le père. Un témoin dira avoir entendu Violette parler de faits semblables avant le crime. Cela mérite d’être rapporté ; cela ne permet pas de décréter, depuis une place de lecteur, que tout est établi ou que tout est inventé.

Germaine Nozière quitte l’hôpital Saint-Antoine, soutenue par son beau-frère.
Germaine Nozière quitte l’hôpital Saint-Antoine, soutenue par son beau-frère.

Les jeunes gens du Quartier latin passent à leur tour dans le dossier. Jean Dabin a reçu de l’argent ; Willy Legrand et d’autres connaissances répondent aux questions sur les fréquentations de Violette. Ils fournissent des heures, des rencontres, des propos. La curiosité voudrait volontiers leur distribuer des rôles plus lourds. Au procès, ils sont des témoins. Leur présence dans l’entourage de l’accusée ne suffit pas à faire d’eux les complices du crime.

Willy, une connaissance de Violette, accompagné de l’inspecteur Verrier.
Willy, une connaissance de Violette, accompagné de l’inspecteur Verrier.
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La mère à la barre

Le 10 octobre 1934, les assises de la Seine ouvrent les débats. Le président Peyre conduit l’interrogatoire. Cette fois, toutes les explications doivent tenir dans une même salle : les médicaments, l’argent, le retour dans l’appartement, le gaz et la fuite. Violette confirme des actes que l’instruction a déjà rassemblés. Ses défenseurs cherchent à faire entendre la jeune femme derrière l’énormité de l’accusation. La salle, les journalistes et les jurés la regardent.

Le public se presse aux assises pour le procès de Violette Nozière.
Le public se presse aux assises pour le procès de Violette Nozière.

Germaine vient témoigner. Elle conteste toujours ce que sa fille a dit de Jean-Baptiste. Elle a perdu son mari ; elle a elle-même failli mourir. Pourtant, demander que la mémoire du père soit défendue ne signifie pas demander la mort de l’enfant. La mère s’adresse aussi à la pitié des juges. À l’audience où elle est entendue, Violette s’évanouit. Les attitudes sont commentées à l’infini ; ce malaise n’autorise personne à lire dans ses pensées.

L’avocat général Gaudel soutient l’accusation. Me de Vésinne-Larue et la défense plaident pour éviter la peine capitale. Le crime reconnu, l’âge de l’accusée, les circonstances familiales et les déclarations contestées occupent les derniers débats. Les témoins ont quitté la barre ; les jurés se retirent. À leur retour, aucune circonstance atténuante ne vient ouvrir l’issue que les avocats espéraient.

Le président Peyre dirige les débats aux assises de la Seine.
Le président Peyre dirige les débats aux assises de la Seine.

Le 12 octobre, Violette Nozière est condamnée à mort. Les trois journées d’audience débouchent sur cette formule, brève devant tant de paroles. Germaine demande encore que sa fille soit épargnée. Le 24 décembre 1934, Albert Lebrun lui accorde sa grâce : la peine capitale est commuée en travaux forcés à perpétuité. La condamnation demeure, mais la guillotine s’éloigne.

Les jurés du procès qui aboutit à la condamnation à mort de Violette.
Les jurés du procès qui aboutit à la condamnation à mort de Violette.

En janvier 1935, on peut croire son histoire enfermée pour toujours avec elle. Elle ne l’est pas. Violette est libérée en août 1945, puis réhabilitée par la cour d’appel de Rouen le 13 mars 1963. La grâce, la sortie de prison et la réhabilitation appartiennent à trois moments distincts. La jeune fille que la police cherchait dans les cafés de Paris aura vécu bien après les titres qui lui promettaient seulement la nuit d’une cellule.