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Le mécanicien de Pont-de-Roide

Jules Bonnot naît à Pont-de-Roide, dans le Doubs, le 14 octobre 1876. Son père est ouvrier fondeur. Le quartier du Fourneau, les ateliers et le travail du métal forment le premier cadre de son existence. Il grandit dans ce monde où l’on gagne sa vie à l’usine, puis apprend un métier. Avant les avis de recherche et les portraits dans les journaux, son nom figure dans les registres d’état civil du pays de Montbéliard.

Pont-de-Roide, dans le montage de Détective consacré aux origines de Bonnot.
Pont-de-Roide, dans le montage de Détective consacré aux origines de Bonnot.

Bonnot travaille, accomplit son service militaire et épouse Sophie Burdet à Vouvray le 14 août 1901. Son parcours passe par la Suisse et Lyon. Il possède un savoir-faire de mécanicien ; les automobiles lui donnent un métier et une compétence encore peu répandue. Le 12 septembre 1907, il obtient son permis de conduire. Il connaît les moteurs, sait les entretenir et peut mener une voiture. Cette aptitude va compter autant dans son activité professionnelle que dans ses départs précipités.

L’acte du mariage de Jules Bonnot et Sophie Burdet, le 14 août 1901.
L’acte du mariage de Jules Bonnot et Sophie Burdet, le 14 août 1901.
Le permis de conduire de Bonnot, document de son activité de mécanicien et chauffeur.
Le permis de conduire de Bonnot, document de son activité de mécanicien et chauffeur.

À Lyon, Bonnot travaille sur les voitures et participe à des cambriolages. Il s’attaque à des coffres avec les outils et les procédés d’un homme habitué au métal. La police recherche les auteurs de ces vols. Lui poursuit aussi une activité de garage : une facture porte le nom Bonnot et Demange, route de Vienne. Le travail déclaré et les expéditions clandestines se côtoient. À mesure que les recherches se rapprochent, savoir conduire et disposer d’un véhicule deviennent des moyens de leur échapper.

Une facture du garage Bonnot et Demange à Lyon.
Une facture du garage Bonnot et Demange à Lyon.

Lorsqu’il gagne la région parisienne, Bonnot entre en relation avec des hommes issus des milieux anarchistes illégalistes. Les associations varient selon les opérations et les refuges. La formule « bande à Bonnot », qui s’impose, rassemble sous un seul nom des parcours et des responsabilités différents. Elle ne fait pas de toute personne fréquentant ces milieux un auteur de meurtre. Octave Garnier, Raymond Callemin, Édouard Carouy, René Valet et d’autres apparaissent dans les recherches ; chacun devra répondre de faits qui lui sont personnellement imputés.

Jules Bonnot, dans la dernière livraison de la série de 1938.
Jules Bonnot, dans la dernière livraison de la série de 1938.
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La voiture de la rue Ordener

Le 21 décembre 1911, rue Ordener, à Paris, l’encaisseur Caby est attaqué pendant sa tournée. Les agresseurs tirent, le blessent et prennent sa sacoche. Il survit. Leur automobile leur permet de quitter rapidement les lieux. L’attaque frappe par cette association des armes à feu et d’un véhicule capable d’emporter immédiatement les assaillants. La police doit retrouver des hommes, mais aussi suivre une voiture volée, ses passages et son abandon. Le véhicule n’a pas supprimé les traces ; il les a dispersées.

Les signalements circulent. Bonnot, Garnier et Carouy figurent ensemble sur un bulletin de recherche. La police vérifie les adresses et interroge les relations ; à Lyon, elle démonte une cachette chez les Thollon. Les fugitifs ont besoin d’argent, de véhicules et d’abris. Un refuge découvert les oblige à en chercher un autre. Les vols se poursuivent, les violences aussi. Chaque nouvelle opération laisse des témoins et des traces supplémentaires, même lorsque les assaillants ont réussi à partir.

Bonnot, Garnier et Carouy sur un bulletin de recherche.
Bonnot, Garnier et Carouy sur un bulletin de recherche.

Le 25 mars 1912, une nouvelle automobile est prise de force ; son chauffeur est tué. Elle sert ensuite à l’attaque de la Société générale de Chantilly, où deux employés trouvent la mort. L’automobile relie les lieux et les crimes. La voiture emporte les assaillants après les coups de feu. La poursuite ne concerne plus seulement le spectaculaire vol d’une sacoche dans Paris.

Le 25 avril, à Ivry, des policiers se présentent chez Gauzy. Bonnot s’y trouve. Au cours de l’intervention, il tire ; le sous-chef de la Sûreté Louis Jouin est tué et l’inspecteur Colmar blessé. Bonnot parvient encore à s’échapper. L’enquête vient de perdre l’un de ses responsables, et le fugitif est désormais recherché jusque dans les lieux où il espère se dissimuler. Sa fuite le conduit au garage de Choisy-le-Roi où se trouve Dubois.

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Le garage de Choisy

Le 28 avril 1912, les forces de l’ordre encerclent le garage. Le bâtiment devient une position assiégée. Les photographies et le plan publiés ensuite en montrent la disposition, l’accès et les abords. Dehors, les moyens se concentrent ; dedans, Bonnot demeure retranché. La fuite en automobile s’arrête dans un lieu de mécanique. L’homme dont les moteurs avaient aidé les départs ne dispose plus d’une route ouverte pour sortir.

Le garage de Choisy-le-Roi où Bonnot se retranche.
Le garage de Choisy-le-Roi où Bonnot se retranche.
Le plan du siège de Choisy, publié avec le reportage.
Le plan du siège de Choisy, publié avec le reportage.

Les policiers font appel à des renforts. Des explosifs sont employés contre le garage. Bonnot résiste dans le bâtiment jusqu’à l’assaut final ; il meurt le 28 avril 1912. Les voitures qui l’ont emporté d’une ville à l’autre ne le feront plus sortir de Choisy. Les autorités télégraphient la nouvelle, tandis que la foule se presse autour du lieu. Le fugitif est mort, mais plusieurs des hommes recherchés avec lui sont encore libres.

Le télégramme porte le 28 avril pour la mort de Bonnot.
Le télégramme porte le 28 avril pour la mort de Bonnot.

Avant sa mort, Bonnot a rédigé un écrit où il cherche à dégager plusieurs personnes de sa responsabilité. Il y mentionne notamment Dieudonné. Ces lignes vont survivre à leur auteur et alimenter la défense d’un homme déjà accusé. Elles ne suffisent pas à clore son dossier. Elles font cependant entendre, au milieu de la traque, une affirmation que les campagnes ultérieures reprendront : tous ceux dont les noms sont associés à Bonnot n’ont pas participé aux mêmes actes.

L’écrit laissé par Bonnot, dont le fac-similé mentionne Dieudonné.
L’écrit laissé par Bonnot, dont le fac-similé mentionne Dieudonné.

La mort de Bonnot ne termine pas la traque. Garnier et Valet sont encore recherchés ; ils meurent à leur tour au cours d’un siège à Nogent-sur-Marne, en mai 1912. D’autres suspects ont été arrêtés ou le seront. Les assauts fournissent à la presse ses grandes images, mais l’enquête continue dans les dépositions, les reconnaissances et les pièces saisies. Il faut passer des noms qui circulent aux actes que l’accusation estime pouvoir établir.

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Le procès des survivants

Le procès s’ouvre le 3 février 1913 et s’achève le 27. Bonnot, Garnier et Valet ne sont plus là pour répondre. Les accusés présents ont des parcours différents ; les débats reprennent les attaques et la participation attribuée à chacun. Raymond Callemin, André Soudy, Étienne Monier et Eugène Dieudonné sont condamnés à mort. D’autres décisions distinguent les responsabilités ou les écartent. Rirette Maîtrejean est acquittée. Fréquenter un milieu et avoir commis un crime ne deviennent pas une seule et même chose par la force d’un nom collectif.

La peine de Dieudonné, dont la participation est contestée, est commuée. Callemin, Soudy et Monier sont exécutés le 21 avril 1913. L’affaire poursuit ainsi plusieurs chemins après la disparition de Bonnot : les condamnations, le bagne, les campagnes de défense. Les documents laissés par les uns et les déclarations des autres continueront d’être discutés. Dans les archives du mécanicien de Pont-de-Roide restent un permis, des factures, des avis de recherche et le plan d’un garage assiégé. La voiture avait accéléré la fuite ; elle n’en avait pas assuré l’issue.